Décembre 2011
Une pièce d'échecs en forme d'évêque

La société des Amis du musée de Cluny a acquis, en vente publique à Paris le 16 novembre, une figurine en ivoire de morse de la collection Marquet de Vasselot.
Cette pièce d'échecs a retenu l'intérêt des conservateurs par son type, son style et son ancienneté.
La figure (usée) est celle d'un évêque, ancêtre du fou… et descendant de l'éléphant indo-persan, transformé au passage par l'aniconisme arabe. Le jeu d'échecs, en effet, vient d'Orient et a été importé en Europe occidentale aux IXe et Xe siècles.
Son style ? La représentation frontale du personnage est directement inspirée des sceaux épiscopaux et diffère nettement de celle des évêques de Lewis (Scandinavie, seconde moitié du XIIe siècle), les plus anciennes pièces de ce type connues à ce jour.
Sa datation ? La mitre aux cornes aplaties pousse à faire remonter l'objet à la première moitié du XIIe siècle.
Nord de la France ? Angleterre ? Vallée de la Meuse ou du Rhin ? Notre évêque semble en tout cas provenir du nord-ouest de l'Europe
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  Octobre 2011
Un nouveau nom

Exit l'ARMMA. Bonjour la Société des Amis du musée de Cluny ! Réunie le 19 octobre 2011, l'assemblée générale de l'Association pour le rayonnement du musée national du Moyen Âge (ARMMA) a approuvé le changement de nom proposé par son conseil d'administration. Une forte motivation à cela : le retour du musée lui-même au nom patrimonial de "musée de Cluny", plus bref, plus connu et d'un usage plus répandu que l'appellation officielle de "musée national du Moyen Âge - thermes et hôtel de Cluny" adoptée un moment par l'administration.
Sous leur nouveau nom, plus transparent, les Amis du musée de Cluny – 632 membres à jour de leur cotisation le 30 septembre 2011 – poursuivent leur action dans le chemin tracé depuis la création de l'association en 1992
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Septembre 2011
Dans la Rome médiévale

Le prix de la Dame à la licorne distingue cette année le livre de Jean-Claude Maire Vigueur : "L'autre Rome. Une histoire des Romains à l'époque communale
(XIIe-XIVe siècle)", édité chez Tallandier.

L'auteur, spécialiste des cités-États italiennes, y dresse, siècle après siècle, un tableau de la Rome médiévale, où se côtoient barons et chefs du popolo, propriétaires terriens et journaliers, marchands et banquiers, cardinaux et artistes. Il fait revivre les marchés, les chantiers et surtout la vie politique avec ses intrigues et ses coups d'État.
À l'encontre de l'image "répulsive" longtemps donnée d'une ville "à l'abandon", entre la grandeur de la Rome antique et les fastes de l'âge baroque, l'ouvrage montre que la commune médiévale a su s'affirmer comme entité vivante et indépendante de la papauté, avec des formes de gouvernement étonnamment adaptables. Aucun doute pour l'auteur : Rome mérite d'être considérée à l'égale des plus grandes cités de l'Italie communale du Nord et du Centre.

Décerné par les Amis du musée, le prix de la Dame à la licorne est remis le 5 octobre 2011, au musée de Cluny.


 

Juin 2011
Une statue de la fin du XIIIe siècle

Le musée de Cluny a préempté, le 8 juin 2011 lors d'une vente publique à l'hôtel Drouot, une sculpture, mutilée mais de belle qualité et inédite, que les Amis du musée ont pu lui offrir. Il s'agit d'une statue en pierre calcaire de 84 cm de hauteur, à laquelle manquent la tête et les mains. Le personnage masculin porte, au-dessus d'une longue cotte, un surcot boutonné à l'épaule gauche et retombant en rouleau sous le bras droit.

Par sa posture et le style du drapé, cette figure, sans doute francilienne, est datable du troisième tiers du XIIIe siècle. L'œuvre va maintenant être étudiée, nettoyée et consolidée. Elle devrait être présentée au musée à la fin de l'année.


 

 
Élément du portail occidental de Saint-Gervais-Saint-Protais, Paris,
vers 1260-1270.
Janvier 2011
Les salles gothiques complétées

Vingt et une œuvres restaurées à l'occasion de l'exposition "Paris, ville rayonnante", tenue au printemps 2010, ont désormais trouvé une place permanente parmi les chefs-d'œuvre du XIIIe siècle présentés dans deux salles du musée.

Huit éléments provenant de la Sainte-Chapelle de Paris – des meneaux, des fragments de rose, de main courante et de balustrade – ont rejoint, dans la salle 11, les statues d'apôtres de ce prestigieux édifice, construit entre 1246 et 1248.

Treize autres pièces délicatement sculptées ont été installées dans la salle 12 : des chapiteaux de Saint-Jean-de-Latran (premier quart du XIIIe siècle) et de la cathédrale Notre-Dame de Chartres (v. 1230), une gargouille de Saint-Martin-des-Champs (v. 1240), une console des ailes du cloître de Saint-Denis (v. 1250-1260), des éléments du portail de Saint-Gervais-Saint-Protais (v. 1260-1270), un masque feuillu parisien (1280-1290).

Ces deux salles étant incontournables dans le circuit des visiteurs, les travaux ont été réalisés de mardi en mardi, jour de fermeture du musée, entre novembre 2010 et janvier 2011. Ils ont aussi permis d'améliorer l'éclairage des œuvres et l'information du public. Les Amis du musée ont financé les trois quarts du chantier.


 

 
À l'occasion de la remise du prix, Patrick Boucheron a prononcé un brillant discours rappelant le propos et l'ambition de l'ouvrage.
 
  Septembre 2010
Le Prix de la Dame à la licorne 2010 distingue l' "Histoire du monde au XVe siècle"

Remis le 28 septembre 2010 au musée de Cluny, le Prix de la Dame à la licorne a couronné un ambitieux ouvrage collectif, l'Histoire du monde au XVe siècle.

Dirigé par Patrick Boucheron, coordonné par Julien Loiseau, Pierre Monnet et Yann Potin, ce travail réunit une soixantaine de spécialistes d'aires culturelles très rarement confrontées les unes aux autres, et c'est l'un de ses grands intérêts. Il ambitionne en effet de dépasser la vision européano-centrée habituelle, pour embrasser les quatre continents en relation à cette époque de la fin du Moyen Âge. Une époque analysée comme celle d'une première mondialisation, dont les voies n'avaient rien d'inéluctable.

Son atlas politique présente donc la Chine des premiers Ming aussi bien que les derniers empires autochtones d'Amérique ou les royaumes africains. L'ouvrage détaille aussi des événements significatifs, tels la mort de Tamerlan (1405), le sac d'Angkor et la chute de la puissance khmère (1431), la consécration de la coupole de Brunelleschi à Florence (1436), la chute de Constantinople (1453) ou le traité de Tordesillas (1494).

L'ouvrage ouvre ensuite une "librairie" du XVe siècle, où voisinent le Livre de Babur, le Journal de bord de Christophe Colomb ou Le Prince de Machiavel, avant de conclure sur quelques grandes questions historiques, en particulier celles nées du voyage, de la connexion, de l'échange généralisé entre hommes et entre cultures qui s'opère au XVe siècle.

Avec ce volume, le jury a aussi voulu saluer une contribution très "française" – dans l'héritage de l'Ecole des Annales – à une histoire de la globalisation jusque-là étudiée presque uniquement par les Anglo-Saxons.

Edition Fayard - Novembre 2009 - 896 pages - 85 €


 

  Juin 2010
Un feuillet enluminé pour le musée

Les Amis du musée ont acquis, à la fin juin 2010 chez un antiquaire londonien, un feuillet enluminé d'une Nativité en présence de sainte Cécile, des années 1460-1470.

Ce feuillet isolé (29,5 cm x 21,6 cm), qui comporte aussi 38 lignes de texte sur le verso, est extrait d'un volume des Méditations sur la Vie du Christ attribué à Bonaventure, traduit par Jean de Galopes. Il témoigne d'une forme particulière d'oraison coutumière en milieu monacal, liant lecture à haute voix et "rumination méditative", qui se répand parmi les laïcs à la fin du Moyen Age.

L'écu placé dans la marge inférieure révèle que le commanditaire de l'ouvrage est un membre de la famille de Chabannes, entrée en possession du fief de Madic, dans le Cantal, en 1453. Ce pourrait être Gilbert de Chabannes, mort en 1493.

La vignette, entourée de larges marges à décor de rinceaux et de fleurs, présente un réel intérêt artistique. Par sa manière un peu sèche et son coloris brillant et contrasté, elle renvoie, selon le grand spécialiste des manuscrits François Avril, à la production de peintres de la France du Centre-Ouest de cette époque, tels Robinet Testard ou le Maître du psautier de Jeanne de Laval.
Ce feuillet complète désormais la collection de peintures sur parchemin du musée de Cluny.


 

  Octobre 2009
Saladin couronné

Remis le 14 octobre 2009, le Prix de la Dame à la licorne a distingué l'ouvrage d'Anne-Marie Eddé consacré à Saladin.

Salah al-Dîn (1137-1193) est une figure mythique dans le monde arabo-musulman. Ce sultan d'origine kurde, fils d'un simple gouverneur de province devenu le maître d'un immense empire, y est célébré pour avoir fait reculer les croisés, libéré Jérusalem et unifié une grande partie du monde musulman. Mais il inspira aussi le respect, presque l'admiration, de ses adversaires pour son esprit chevaleresque, ses qualités d'homme éclairé et tolérant.

Anne-Marie Eddé, directrice de recherche au CNRS, montre ce que cette double réputation doit à l'incontestable habileté militaire et politique du personnage, mais aussi au soin que ses proches et lui-même eurent de sa "communication". Dans le souci d'asseoir sa légitimité, la propagande de ce guerrier infatigable, champion de l'islam, s'employa à le présenter comme le souverain idéal. Avec un succès qui se poursuit de nos jours, dans le monde arabo-musulman comme en Occident.

En faisant la part de la légende et de la réalité, l'historienne spécialiste du Moyen Âge arabe fait revivre l'homme, son réseau familial, sa conception de la guerre, de la religion, du pouvoir – il sut construire un empire mais pas un État – et rend accessibles le monde et l'époque agités qui furent les siens.

Éditions Flammarion - Octobre 2008 - 761 pages - 26 €


 

  Décembre 2008
Le frigidarium en 1845

Pour enrichir la documentation du musée sur son histoire et ses collections, les Amis du musée ont acheté un tableau de Pierre-Achille Poirot (27 x 33 cm) intitulé "Vue de la grande salle du palais des thermes de Julien, à Paris, servant actuellement de musée pour les monuments du Moyen Age" .

Datée de 1845, cette huile sur papier montre le frigidarium un an seulement après son ouverture au public.
L’endroit est consacré à la sculpture. Sous la spectaculaire voûte d’arête, haute de 14 m, on reconnaît des oeuvres antiques qui y sont toujours présentées aujourd’hui, comme le pilier des Nautes et le pilier de Saint-Landry. Elles voisinent alors avec des chapiteaux romans posés à même le sol et avec les statues d’apôtres acéphales de Notre-Dame de Paris, retrouvées en 1839.

P.A. Poirot (1797-1855), surtout connu comme peintre de monuments italiens, a également réalisé en 1850 deux vues extérieures de l’hôtel de Cluny.


 

  Octobre 2008
L'histoire totale d'un fleuve

Pour sa deuxième édition, le Prix de la Dame à la licorne, décerné par les Amis du musée de Cluny, est allé à Jacques Rossiaud, professeur émérite d’histoire médiévale à l’université Lumière Lyon II, pour son ouvrage publié aux éditions Aubier : "Le Rhône au Moyen Age".

S’étirant sur 850 kilomètres depuis les glaciers alpins jusqu’à la mer, le quatrième plus long fleuve d’Europe trace aussi la frontière entre le Royaume de France et l’Empire. Ligne de confluence des richesses, des hommes, des idées et des rêves, le Rhône est "un espace de passages, de déplacements, de contacts, de rencontres fécondes et d’histoire triomphante".
L’auteur retrace les passages des convois de vin, de sel, de bois et leur évolution à travers les siècles. Il fait revivre les hommes et les femmes du fleuve, conte les traditions et les croyances. Pour le médiéviste Jean-Claude Schmitt, "ce livre combine avec brio tous les genres et toutes les questions historiques : c’est un exemple rare d’histoire totale."

Editions Aubier, 653 pages, 24 cartes, 29 €


 

  Janvier 2008
Un ivoire des années 1300

Un exceptionnel coffret en ivoire, représentatif de la production parisienne des années 1300, est entré dans les collections du musée de Cluny.

L’œuvre a été acquise, grâce à l’entremise des Amis du musée, par Groupama. Le deuxième assureur français a fait jouer une disposition de la loi du 1er août 2003 relative au mécénat, qui permet de déduire de l’impôt sur les sociétés 90% du montant de l’achat d’un bien culturel reconnu d’intérêt patrimonial majeur.

Le coffret est remarquable à la fois par sa grande taille (23 cm x 17 x 10), par la qualité de son exécution et par son iconographie. Les cinq plaques en ivoire d’éléphant sont sculptées de scènes inspirées de romans courtois tels l’Assaut du château d’amour sur le couvercle, l’histoire de Tristan et Yseult ou des épisodes de la Quête du Graal sur les côtés.

Le style de l’ouvrage, le détail des drapés, la position des jambes de plusieurs personnages, la finesse de certains visages permettent de situer la réalisation dans la décennie 1300, soit un peu plus tôt que pour les rares pièces comparables parvenues jusqu’à nous et qui sont conservées à Cracovie (trésor de la cathédrale), Florence (Bargelllo), Londres (British Museum et Victoria & Albert), New York (Metropolitan) et Baltimore (Walters Art Gallery). D’autres musées conservent des plaques isolées.