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Khaï-Dong LUONG : Penser et activer les musiques médiévales au présent

Khaï-Dog Luong, Gisèle Clément - Cluny

A l’occasion de la thèse de doctorat que vient de valider de Khaï-Dong Luong, partenaire et ami des Amis du musée de Cluny, nous avons souhaité mettre en lumière son travail de recherche sur les musiques médiévales. Mais aussi de mieux comprendre l’articulation de cette quête universitaire avec sa longue et profonde pratique de la musique du Moyen Âge. Pour célébrer aussi la formidable énergie qu’il déploie en tant que co-directeur artistique de La Camera Delle Lacrime – avec Bruno Bonhoure – pour transmettre sa passion aux plus jeunes. 

Pour cette rencontre, Martine Tridde-Mazloum, présidente des Amis du musée de Cluny, a donné rendez-vous à Khaï-Dong Long et à sa directrice de thèse, Gisèle Clément, Professeure des Universités en Musicologie médiévale et directrice du Centre International des Musiques Médiévales. L’entretien s’est déroulé au Café des Amis du musée de Cluny, un lieu convivial créé au sein du musée grâce au soutien des Amis où vous pourrez vous installer lors de votre prochaine visite au musée !

Martine : Gisèle, vous avez dirigé le travail de recherche de Khaï-Dong. En quoi ce travail constitue-t-il une contribution originale et déterminante à la recherche et à la transmission des musiques médiévales ?

Gisèle : La démarche de Khaï-Dong se distingue par sa capacité à croiser différentes traditions critiques, notamment l’ethnoscénologie (étude de la mise en scène des rituels et des pratiques spectaculaires), la pensée complexe et les études sur les visibilités. Il ne se limite pas à décrire des phénomènes : il en propose une lecture problématisée, ouvrant des voies nouvelles de réflexion, tant sur l’étude des musiques médiévales en tant que son que sur la place des savoirs patrimoniaux dans la société démocratique contemporaine.

Au-delà de sa thèse, Khaï-Dong est également engagé dans des actions concrètes de transmission : des concerts participatifs, réunissant près de 800 enfants et adultes dans le cadre du cycle Dante Troubadour, la création d’une Web-série de micro-apprentissage sur le Moyen Âge destinée aux jeunes publics – Circum Cantum –  et le lancement d’un projet innovant en musicologie médiévale à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, intitulé ensemble-école, où pratique artistique et recherche-création sont étroitement articulées.

Martine : Khaï-Dong, quel a été le parcours qui vous a amené des mathématiques aux musiques anciennes et médiévales ?

Khaï-Dong : Je suis né au Cambodge et je suis arrivé en France en 1976. J’ai passé l’agrégation de mathématiques en 1994, tout en suivant des études en cinéma. Depuis 1996, mon parcours m’a conduit à explorer les musiques anciennes et médiévales, en étudiant les liens complexes qui structurent les discours sur les sons, les visibilités et les narrations.

En 2005, j’ai cofondé avec Bruno Bonhoure l’ensemble La Camera delle Lacrime, qui propose des événements de musiques médiévales au présent, assumant pleinement l’écart irréductible qui nous sépare des musiques du Moyen Âge, dont aucun enregistrement ne subsiste.

Martine : Quelle est la problématique centrale que vous explorez, Khaï-Dong, dans votre thèse de recherche-création ?

Khaï-Dong : Ma rencontre avec les musiques anciennes a suscité à la fois intérêt et malaise : un malaise né de dispositifs artistiques érigeant des particularismes en proclamations d’universalité, imposant par autorité des discours présentés comme évidents et indiscutables : présenter une expérience musicale comme une démonstration, classer les musiques selon un ordre d’intérêt, dire qu’un événement de musiques anciennes au présent serait identifiable à une expérience passée et lointaine…

Ces expériences ont constitué le point de départ d’une réflexion épistémologique et ontologique sur l’expérience des musiques médiévales en tant que son. Ma thèse, intitulée Dante Troubadour : enjeux et performativités associables sur un événement de musique médiévale au présent, explore comment les savoirs historiques et musicologiques peuvent être réactivés, non comme des dogmes figés, mais comme des matériaux vivants, ouverts à l’expérimentation, au dialogue sensible et à la création collective.

Martine : Selon vous, Gisèle, en quoi une telle démarche renouvelle-t-elle notre manière d’aborder les musiques médiévales aujourd’hui ?

Gisèle : Le travail de Khaï-Dong Luong se distingue par une articulation rare entre recherche théorique approfondie, réflexion critique sur les dispositifs de médiation et pratique artistique  assumée. En ouvrant la voie à une approche de recherche-création appliquée aux musiques médiévales, il propose une analyse des enjeux de réception, de construction des savoirs et de circulation des mémoires au sein des événements de musiques médiévales au présent.

En confrontant l’héritage transmis par les manuscrits médiévaux à la performativité contemporaine, il rappelle avec rigueur que les dispositifs artistiques ne sont jamais neutres : ils produisent du politique, de l’idéologique et du social.

Découvrez la Web-série Circum Cantum

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